Badcass – Studio d’impression letterpress

Lorsque vous passez nous voir sur les salons et expo-vente, beaucoup d’entre vous ont flashé sur nos flyers de présentation d’Etsy (en photo juste en dessous). Fabriqués en impression typographique, plus connue sous le nom de « letterpress » en anglais, nous avons choisi cette technique parce qu’elle nous rappelle vraiment les valeurs d’Etsy : un objet presque unique, avec du caractère, tiré en très petites séries, sur des machines anciennes. Bref un savoir faire artisanal que nous nous devons de mettre en avant !

Comme vous nous demandez souvent qui fabrique ces flyers, je vous propose de découvrir l’imprimerie indépendante Badcass, située à Quimperlé en Bretagne. Jessica Hosgood et Philippe Gully sont les 2 fondateurs de cette imprimerie pas comme les autres, de vrais passionnés de cette technique rare en France. Laurent s’est prêté au jeu des questions et vous en dit plus sur son activité :

Comment a commencé l’aventure Badcass ?

Fin 2010, nous avions envie de nous diversifier un peu, nos métiers respectifs (Jessica est graphiste, Philippe est sound designer) nous cantonnent derrière des ordinateurs et des machines.
Le fruit de notre travail est souvent virtuel, nous voulions nous orienter vers quelque chose de plus tangible. C’est Jessica qui a suggéré de créer un atelier d’impression typographique, c’était pour elle l’occasion de contrôler du début à la fin la chaîne de fabrication d’un imprimé. Il ne restait plus qu’à me convaincre, puisque je suis à la base conducteur typographe et offset. Ça n’a pas été dur car le rapport que j’ai avec les machines a toujours été quasi fusionnel, que ce soit des sampleurs, des instruments virtuels ou des engrenages. Créer une musique empreinte de mélancolie à partir d’appareils électroniques sans âme ou sortir une impression fine et délicate d’une machine en fonte qui pèse 2 tonnes m’apportent le même plaisir.
Nous baignons tous les deux dans le monde de la communication, nous avons fait une petite étude de marché via nos réseaux respectifs et avons créé notre SARL.
Quant au nom « Badcass », c’est une contraction de bas-de-casse qui désigne les lettres minuscules dans les casses (tiroirs en bois contenants les caractères en plomb).

Pourquoi avoir choisi le « letterpress » ?

L’impression typographique (letterpress en anglais) reste très artisanale, nous ne voulions pas gérer des volumes de productions industrielles mais au contraire aller vers l’objet et les petits tirages.
Nous avons toujours suivi le monde des créatifs en tant qu’acteurs – j’ai été le co-fondateur en 1999 d’un des premiers sites/portails destinés aux créatifs du web, du print et du motion design – et observateurs. Nous avons pu constater que depuis plusieurs années le letterpress était actif aux Etat-Unis. A nous deux, nous avions le savoir-faire, il ne restait qu’à le mettre en oeuvre.

 

Est-ce que vous utilisez des machines modernes, ou est-ce que l’on trouve aujourd’hui uniquement des outils anciens ?

Pour l’impression typographique la machine de prédilection est la presse à platine Heidelberg dont la fabrication a cessé en 1986. Nous avons pour le moment deux presses à platine Heidelberg, une de 1963, et une seconde plus ‘moderne’ de 1978 équipée en dorure à chaud.
J’ai une préférence pour les modèles des années 50 / 60 même si elles sont moins pratiques que les modèles qui ont suivi, mais elles ont plus de caractère.

Nous avons également une presse Vandercook, un modèle assez rare de 1961 qui nous permet de traiter des formats supérieurs aux platines.

Quant à notre massicot il est de 1966 !

A-t-il été difficile de trouver ces machines et d’assurer leur entretien ?

Non ce n’est pas difficile, en revanche il faut parfois faire quelques centaines de kilomètres pour aller les chercher et donc faire appel à un transporteur.
Il n’y a pas d’électronique dans ces machines donc rien qu’on ne puisse pas réparer nous-mêmes, d’ailleurs c’est fou ce qu’on peut faire rien qu’avec des élastiques et un rouleau d’adhésif !
Si une pièce casse, on peut toujours la refaire mais le problème ne se pose pas vraiment, il existe encore des réseaux qui fournissent des pièces, dont le fabricant Heidelberg. Pour la presse Vandercook c’est un plus compliqué mais on trouve encore quelques rares fournisseurs aux États-Unis.

Quant à l’entretien, ce sont des machines quasi increvables, elles fonctionnent depuis plus de 50 ans et pourront en faire 50 de plus sans problème si on leur donne régulièrement leur ration de graisse et d’huile.

Pourquoi pensez-vous que cette technique a pratiquement disparu ? Une question de coût, de mode ?

Le letterpress existe depuis plus de 500 ans en Europe, on ne peut lui en vouloir d’avoir des hauts et des bas ;-)  Plus sérieusement, l’impression typographique ne répond pas vraiment aux attentes du marché actuel, à savoir aller toujours plus vite et vendre moins cher.
A la fin des années 70, elle a été supplantée dans les imprimeries par l’offset, plus rapide en terme de fabrication et donc plus rentable. En offset, l’impression de trames et de quadrichromie bénéficient d’une bonne résolution et donc d’une reproduction aisée, là où le letterpress est handicapé physiquement d’une part par le fait que les presses n’impriment qu’une seule couleur à la fois alors qu’en offset on peut aligner sur une même machine plusieurs groupes de couleurs (4, 5, 6 et plus encore, recto/verso etc …) et d’autre part par la reproduction limitée de la résolution des trames.
Au final ce sont les photos (en couleur) qui ont eu l’avantage dans la communication par l’imprimé d’où l’obsolescence de l’impression typographique.
Reste qu’on a perdu au passage les sensations de toucher, les creux, les reliefs, les ombres…

L’impression offset et l’impression numérique c’est un peu comme la restauration rapide, ça remplit les objectifs (les ventres) sans émoustiller les papilles, nous préférons un bon pot de feu qui a mijoté longtemps et où chaque ingrédient compte.

Avez-vous envie d’utiliser d’autres techniques à l’avenir ? Des méthodes artisanales qui se feraient rares également.

Le champ d’action du letterpress est déjà très large, nous n’avons pas fini de l’explorer mais nous pouvons déjà proposer d’imprimer en quadrichromie avec une trame qui donne un cachet rétro des plus sympathiques.

Découvrez les créations et les prestations de Badcass

  • magalerie

    magalerie dit :

    Merci pour cet article très intéressant. J'adore cette technique. Bravo à Jessica et Philippe !

    Il y a 111 jours

  • biscotine

    biscotine dit :

    C'est... émouvant ! On a envie de voir et d'entendre les machines en action. Et surtout, de toucher et d'admirer le résultat. Je leur souhaite beaucoup de succès.

    Il y a 111 jours

  • petitefabrique

    petitefabrique dit :

    Merci !!!!

    Il y a 111 jours

  • MadeInShina

    MadeInShina dit :

    C'est génial !!! Merci pour cette merveilleuse découverte :) Un vrai petit bijou cette entreprise ^^

    Il y a 111 jours

  • stickerzlab

    stickerzlab dit :

    Merci beaucoup pour cette interview bien réussie...j'aimais déjà beaucoup le letterpress pour le cachet qu'il apporte mais là, j'aime encore plus ;)

    Il y a 111 jours

  • FascinatingHobbies

    FascinatingHobbies dit :

    Non seulement il faut lire l'article passionnant mais surtout il faut absolument aller voir les créations magnifiques...... particulièrement le débossage et le gaufrage qui rappellent les cartes anciennes Bravo à vous 2 pour faire un superbe travail en gardant la tradition...

    Il y a 111 jours

  • LoveCatsDesign

    LoveCatsDesign dit :

    Merci tout plein de partager cette trouvaille ! J'adore l'idée de faire revivre ces machines anciennes. J'ai enfin envie de faire imprimer mes cartes de visite !

    Il y a 108 jours

  • LoladuFaubourg

    LoladuFaubourg dit :

    l'imprimerie comme on l'aime par des amoureux du beau!

    Il y a 107 jours