Manuel du vendeur

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Des espaces où il fait bon travailler : Malam

Cet atelier français de stylisme révèle un univers décalé de tissus vintage et de modèles uniques, cliquetant au rythme des machines industrielles.

Par Julie Schneider 26 mai 2016
L'atelier Malam
Photos par Yann Pendariès

Même la salle de bains de l'atelier d'Emmanuelle-Marie Remise héberge une machine à coudre. Cet espace de 103 mètres carrés à La Charité-sur-Loire était un cabinet de docteurs avant qu'Emmanuelle-Marie, surnommée Marie, n'y installe son atelier de style et son showroom il y a deux ans pour son entreprise Malam. Il contient désormais quatre surjeteuses, trois presses, deux tables à repasser, deux recouvreuses, deux machines à boutonnières et trois piqueuses plates, que Marie utilise pour coudre ses vêtements féminins aux imprimés mélangés, inspirés par les contes de fées et les motifs rétro.

Marie a ouvert sa boutique Malam sur Etsy en 2007, après avoir terminé des études de mode à Paris, et a depuis vendu plus de 1400 robes, tops, jupes, manteaux et vestes à des acheteurs du monde entier. Elle passe maintenant cinq à six jours par semaine dans son atelier à concevoir des modèles, dessiner des patrons, couper et monter des vêtements, qu'elle réalise presque exclusivement à partir de tissus vintage et coud sur de solides machines d'occasion.

Tulipes devant l'atelier Malam
L'atelier de Malam se trouve en rez-de-jardin.

Marie et son époux Yann Pendariès, photographe, se sont installés dans le petit village de Germigny-sur-Loire en 2014, avec leur petite fille Aliona qui venait de naître (et a maintenant 2 ans). Elle voulait se rapprocher de son grand-père, qui vit là-bas. Sa tante, qui tenait compagnie à son grand-père, venait de décéder. Dans la mesure où Marie et Yann étaient plus flexibles professionnellement que d'autres membres de la famille, et qu'ils pouvaient gérer leurs activités créatives de presque n'importe où, ils ont décidé de déménager et de commencer leur vie de parents dans un cadre plus rural. Marie et sa famille vivent dans une maison - une ancienne écurie - située à côté de celle de son grand-père, et à 20 minutes en voiture de l'atelier Malam.

Machines à coudre
"En ayant un gros stock de fils, d'aiguilles, de thermocollant et de doublures, j'évite des allers-retours inutiles pour me fournir dans les magasins, où le choix n'est pas aussi large qu'en région parisienne," explique Marie.

Passer de la ville à la campagne a été source de nouvelles opportunités - et de nouveaux défis - pour son activité. Elle a pu louer un espace plus grand, pour un loyer moins élevé qu'à Paris, et bénéficie de publications plus fréquentes dans la presse. "J'ai eu plein d'articles que je n'aurais jamais eu en région parisienne, car il y a moins d'événements à couvrir ici," s'amuse Marie. "Du coup, j'ai une bonne pile de journaux avec ma tête dessus." Suite aux articles, plusieurs personnes l'ont contactée pour lui proposer les stocks de tissus vintage de leurs tantes ou de leurs grands-mères.

Boutons vintage
Marie accumule des fournitures de mercerie vintage, dénichées dans des brocantes.

Dans sa région, de nombreuses brocantes sont organisées l'été, et Marie y achète des tissus, galons, dentelles, boutons et autres fournitures anciennes. Elle est toujours à la recherche de beaux tissus vintage fleuris. Habiter à la campagne a cependant rendu certains aspects de son activité plus compliqués. Elle n'y trouve pas de stagiaires aussi facilement qu'à Paris, et acheter des fournitures ou faire réparer des machines est moins évident. Si une machine tombe en panne ou nécessite de nouvelles pièces détachées, Marie ou Yann doit se rendre à Paris, à environ 3 heures de route, pour la faire réparer.

Patrons de vêtements faits main
Marie dit que le fait de créer ses patrons et de bien comprendre comment les vêtements s'adaptent au corps lui donne plein d'idées de nouveaux modèles. Ses patrons sont triés dans des pochettes aux couleurs vives, rangés sur une étagère.

Pour gérer son activité de manière efficace, Marie a des machines de secours et travaille par lots. Elle travaille généralement sur 10 à 15 vêtements d'une même couleur et d'une même épaisseur de tissu à la fois, afin de ne pas devoir s'arrêter trop souvent pour ré-enfiler les machines dans une nouvelle couleur de fil. Puis, d'affilée, elle va presser toutes les coutures et réaliser toutes les boutonnières, sur une machine spécialisée extrêmement bruyante. Travailler de cette manière - plutôt que de commencer et terminer chaque vêtement avant de passer au suivant - permet d'éviter que le processus ne devienne ennuyeux, explique Marie. "C'est un peu ridicule, car changer les fils n'est pas si long que ça," dit-elle, "mais c'est quand même un peu de temps, plus un peu de temps, plus un peu de temps. Et il y a tellement de choses à faire, j'ai déjà du mal à tout terminer dans la journée."

La machine à boutonnières fait un tel boucan que Marie essaye de ne l'utiliser que pour de courts moments.

C'est une passion pour les tissus vintage qui anime la collection Malam. "J'adore acheter des tissus," raconte Marie. "Je pense que c'est une maladie commune à toutes les couturières. Le bon côté des choses, c'est que j'ai plein de place pour remédier à cette maladie." Sa pièce de stockage de 20 mètres carrés contient des étagères allant du sol au plafond, remplies de tissus triés par type, couleur et utilisation : des lainages et lainages mélangés pour les manteaux et vestes ; des jerseys pour les tops et les robes ; et des tissus blancs pour les commandes de mariées. Il y a également des tissus transparents, des dentelles, de la soie et du voile, des tissus écossais et rayés. Elle trie ses chutes de tissus par couleur pour gagner du temps lorsqu'elle crée des éléments en patchwork. La plupart des vêtements Malam sont des pièces uniques, étant donné la quantité limitée de chaque tissu vintage dont Marie dispose. Elle a parfois assez de certains tissus pour réaliser jusqu'à trois vêtements identiques. "Ce que j'aime particulièrement, ce sont les transformations," explique Marie. "C'est encore plus amusant lorsque le tissu a une couleur ou un motif redoutable, et que j'arrive à trouver un autre tissu avec lequel l'associer, ou une coupe qui va le rendre beau."

Showroom Malam
Le showroom Malam est aménagé avec des éléments que Marie utilisait pour décorer son stand lorsqu'elle participait à des salons.

Marie travaille entre cinq et six jours par semaine à l'atelier, pendant que Yann s'occupe de leur petite fille. "Je ne pouvais vraiment pas travailler et m'occuper de notre fille en même temps. Cela n'a pas été facile au début," raconte Marie. "Maintenant, le weekend, elle ne me laisse pas m'éloigner d'un mètre !" Lors de leur déménagement à la campagne, le couple savait que Yann perdrait probablement les clients parisiens pour lesquels il réalisait des travaux photographiques, comme par exemple des packshots produits pour des marques de vin et de champagne. Mais comme Yann ne s'épanouissait plus dans la photographie corporate, cet arrangement lui convenait. Maintenant, le coût de la vie étant moins élevé, il peut se concentrer sur les photographies surréelles qu'il vend dans sa boutique Etsy, Photography Dream. Contrairement au travail en agence qui servait principalement à payer les factures, ces photographies lui permettent d'exprimer sa vision artistique. “C'est pour la même raison que je ne fais pas de rideaux,” explique Marie. “Je saurais en faire, mais si on me le demande, je dis que je suis désolée, mais que je n'en ai pas envie. Je pense que c'est pareil pour lui." Yann travaille sur ses photos pendant les siestes et le mercredi, lorsqu'Aliona passe la journée chez une nounou. Sinon, elle joue dans le studio pendant que son papa imprime et emballe ses commandes.

Des bobines de fil bien organisées
Marie range ses fils dans une vieille étagère à CD.

Lorsqu'elle arrive à l'atelier le matin, Marie commence par passer environ deux heures à lire ses emails, noter les commandes et les demandes de tissus pour les commandes personnalisées. Puis, elle retouche ses photos de produits. Elle met quelques nouvelles pièces en ligne le matin et d'autres l'après-midi, afin de toucher des acheteurs de différents fuseaux horaires. Vers 11h, une fois le travail sur l'ordinateur terminé, elle coupe des vêtements. Marie s'occupe généralement de la coupe le matin, et du montage l'après-midi. De la musique entraînante accompagne son travail. "J'ai des goûts musicaux assez kitsch. J'écoute principalement de la variété française des années 70, et je chante en même temps," avoue Marie. "Parfois, lorsque j'ai de la visite, je la remplace par de la musique classique, du genre 'Mais oui, j'écoute de la musique classique tout le temps.'" Yann et Aliona lui rendent souvent visite pour le déjeuner. S'il fait beau, ils déjeunent dans le jardin devant l'atelier ou marchent 10 minutes pour se poser au bord de l'eau. Trois soirs par semaine et le weekend, le grand-père de Marie vient partager avec eux un repas cuisiné par Yann.

La collection de vêtements Malam
Les commandes personnalisées représentent une grande partie de l'activité de Malam. Marie décrit ses clientes comme des femmes de tous âges à partir d'environ 30 ans, qui expriment leur personnalité via leurs vêtements et sont en quête d'habits de qualité qui conviennent à leur morphologie.

Yann photographie les nouvelles pièces de Marie dans son studio photo à la maison, un soir par semaine. Marie a toujours été sa propre modèle pour ses photos de produits, généralement réalisées après une longue journée de travail à l'atelier. "Avant, j'étais jeune et fraîche, alors ça ne posait pas de problème," raconte-t-elle. "Mais maintenant, je suis fatiguée le soir. Cela me prenait trop de temps d'essayer d'avoir un joli visage souriant, alors j'ai pris le parti de couper ma tête dans les photos."

Session photo mère-fille
Aliona adore participer aux séances photos, lors desquelles elle imite les poses de sa mère. Inspirée par sa fille, Marie réfléchit à l'ajout de vêtements enfants à sa collection.

En semaine, Marie travaille à l'atelier jusqu'à 19h ou 20h. Quand elle y vient le samedi, elle part généralement vers 17h. Si d'occasion son mari et sa fille s'absentent pour une nuit, Marie choisit de travailler jusqu'à minuit, quitte à dormir sur le canapé de l'atelier. Son espace de travail est un havre de créativité, où elle peut donner vie aux idées qui bouillonnent constamment dans sa tête. "Pourquoi rentrer dans une maison vide ?" dit-elle. "Je ne vois rien qui puisse me faire plus plaisir que de passer la nuit ici."

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Auteur

Julie Schneider

Lorsqu’elle ne rédige pas des articles pour le Manuel du vendeur Etsy, Julie Schneider fait des jeux de mots – une tradition familiale – ou travaille dans son joli atelier. Suivez ses derniers projets sur juliesmithschneider.com et sur Instagram.

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