Terre usée et déchirée, rouille. Traces de vie.
Worn and torn earth and rust. Patterns of life.
Mes formes modelées à la main sont des modèles de morphogenèse. Le monde vivant m’attire car il constitue un catalogue inépuisable de structures : des plis qui s’épaississent et se déforment, des frontières qui se ramifient, des surfaces qui se rident, se fissurent, cicatrisent et conservent leur mémoire. En biologie, la forme n’est jamais prédestinée ; elle résulte d’une négociation entre croissance et contrainte. La surface de l’argile est la trace de ces tendances antagonistes : écoulement contre fracture, lissage contre rugosité, cohérence contre désordre. Les lignes que je sculpte fonctionnent comme des contours et des lignes de flux, décrivant où la matière « tend » à se mouvoir, où les contraintes se concentrent, où une frontière progresse ou stagne. Elles rendent visible la dynamique interne de l’objet.
Certaines de mes surfaces sont ornées de la logique chimique des systèmes de réaction-diffusion, présentant des bandes répétées, des labyrinthes et des cloisons cellulaires. On retrouve ces motifs dans les rayures des zèbres, les taches des champignons et les circonvolutions de nos empreintes digitales. D'autres font écho aux instabilités liées à la croissance qui surviennent lorsqu'une couche superficielle est contrainte de s'adapter à une disparité sous-jacente : les rides, les ondulations et les plis, semblables à ceux que l'on observe dans les circonvolutions de notre cerveau, les feuilles froissées, le papier froissé et les paysages tectoniques. D'autres encore s'inspirent des mathématiques de la rugosité : textures auto-similaires et fractales, que l'on retrouve dans les sols desséchés, les matériaux fracturés, les phases mélangées et les réseaux occupant l'espace tels que les branches, les veines, les rivières et la foudre.
Je travaille la fracture et la rupture comme une force constructive. Les fissures, les blessures, les cicatrices ne sont pas des accidents à effacer ; elles constituent la grammaire qui permet à la surface d’exprimer son histoire de chargement, de séchage et de cuisson. Les formes semblent à la fois blessées et guéries, tendues et résolues, fragiles et stables : une affirmation silencieuse que la résilience n’est pas lissée, mais une survie organisée.
Mon vocabulaire chromatique reste fidèle à la terre : argile blanche, argile brune et rouge, engobes riches en fer, oxydes élémentaires, avec parfois des variations minérales dues à la cuisson. En limitant la saturation, je laisse la géométrie et la texture porter le sens : les limites, les couches frontières, les dégradés, les discontinuités et la topographie irrégulière que le toucher perçoit plus aisément que l’œil.
Je ne travaille ni au tour, ni avec des moules, ni avec des tampons, ni avec des décalcomanies. Je façonne à la main, laissant la pièce se développer, vieillir, se patiner et se consolider. Le processus est progressif et local, chaque petite décision contribuant à la structure globale.
En définitive, l'œuvre se situe à la croisée de la complexité et de l'intimité, exigeant une attention tactile : tenir l'objet, le faire pivoter, en suivre les contours, et sentir du bout des doigts la croissance contrainte, les forces opposées, le traumatisme et la guérison qui ont conduit à sa formation.
My hand-built forms are models of morphogenesis. I’m drawn to the living world because it is an inexhaustible catalog of structure: folds that thicken and buckle, boundaries that branch, surfaces that wrinkle, crack, heal, and remember. In biology, form is never designed; it is negotiated between growth and constraint. The surface of the clay is a record of such competing tendencies: flow versus fracture, smoothing versus roughening, coherence versus disorder. The lines I carve function like contours and streamlines, describing where material “wants” to move, where stresses concentrate, where a boundary advances or stalls. They are the object’s internal dynamics made visible.
Some of my surfaces are decorated with the chemical logic of reaction–diffusion systems, featuring repeated bands, labyrinths, and cellular partitions. We see these patterns in the stripes of zebras, spots on mushrooms, and the convolutions of our fingerprints. Others echo growth-driven instabilities that occur when a surface layer is forced to accommodate a mismatch underneath: the wrinkling, buckling, and folding, similar to what we see in the folds in our brain, wrinkled sheets, crumpled paper, and tectonic landscapes. And some others are inspired by the mathematics of roughness: self-similar textures and fractals, which we see in desiccated soil, fractured materials, mixing phases, and space filling networks such as branches, veins, rivers and lightning.
I work with fracture and rupture as a constructive force. Cracks, wounds, scars, fissures are not accidents to be erased; they are the grammar allowing the surface to express its history of loading, drying, and firing. The forms look simultaneously wounded and healed, tense and resolved, fragile and stable: a quiet statement that resilience is not smoothness but organized survival.
My color vocabulary stays close to the earth: white clay, brown and red clay, iron-rich slips, elemental oxides, with occasional mineral shifts from firing. By limiting chroma, I let the geometry and texture carry the meaning: edge conditions, boundary layers, gradients, discontinuities, and the distressed topography that fingers can read easier than the eyes.
I don’t use wheel-throwing, molds, stamps, or transfers. Instead, I hand build, letting the piece grow and develop, age, accrue wounds, and heal. The development and weathering is incremental and local, with small decisions propagating into global structure.
Ultimately, the work lives at the intersection of complexity and intimacy, demanding a tactile kind of attention: to hold the object, rotate it, trace its ridges, and feel in one's fingers, the constrained growth, the opposing forces, and the trauma and healing that has led to its formation.